Les produits laitiers – une tradition récente, une consommation en hausse constante et un plaisir aux conséquences non négligeables pour notre santé.
La consommation de lait animal et de produits laitiers est souvent perçue comme naturelle, voire indispensable. Pourtant, elle constitue une pratique extrêmement récente à l’échelle de l’évolution humaine. Ce n’est qu’avec la sédentarisation, il y a environ 6 000 à 10 000 ans, que l’humain a commencé à élever des animaux et à intégrer leurs produits laitiers à son alimentation. Attiré par cet aliment riche et réconfortant, il a sélectionné et transformé les espèces pour en extraire toujours plus de lait, faisant de cet aliment un pilier de nombreuses cultures culinaires.
Mais cette nouvelle habitude alimentaire ne va pas sans coûts invisibles pour la santé. Depuis l’ère industrielle, la production laitière a explosé (races modifiées, rendements dopés, transformation intensive…). Les produits laitiers sont désormais omniprésents dans notre alimentation quotidienne, consommés en grandes quantités et sous des formes de plus en plus variées (fromages, yaourts, beurres, crèmes, desserts, sauces, plats préparés…). Leur texture onctueuse, leur richesse en matières grasses et leur pouvoir de réconfort sensoriel en font des ingrédients majeurs dans les préparations sucrées comme salées.
Le lait est devenu un aliment de plaisir, souvent addictif, utilisé pour stimuler la faim, renforcer l’attrait des plats et pousser à une consommation continue, souvent incontrôlée et inconsciente.
Après les deux guerres mondiales, dans un contexte de pénurie, le lait fut même érigé en symbole de santé, de renutrition et de force. Encore aujourd’hui, les recommandations officielles nutritionnelles poussent à une consommation quotidienne plusieurs fois par jour. Ses qualités nutritionnelles ont été vantées, parfois exagérées, et il a été promu au rang de produit de première nécessité.
Bien qu’on tente de faire croire que le lait est indispensable en raison de sa richesse en calcium et en autres nutriments essentiels, il serait illogique de penser qu’il en est la meilleure source. Tous ces nutriments sont disponibles dans d’autres aliments, sans lesquels l’humanité n’aurait jamais pu survivre avant l’apparition de l’élevage et de la sédentarisation. Au contraire, depuis l’introduction massive de produits laitiers, de sucre et de glucides raffinés dans notre alimentation, nos capacités corporelles, cérébrales et notre état de santé ont globalement décliné par rapport à ceux des chasseurs-cueilleurs.
Ainsi, le calcium et tous les autres nutriments essentiels se trouvent en abondance dans la viande, les légumes et les baies d’été, sans les effets délétères du lactose, des protéines du lait ni l’exposition aux hormones de croissance propres à une autre espèce et inadaptées à notre physiologie.
Derrière cette image bienveillante du lait et des produits laitiers, se cache une réalité biologique incontournable : l’être humain est le seul mammifère à consommer du lait après le sevrage, et surtout celui d’une autre espèce. Ce simple constat remet en question la légitimité physiologique d’un tel aliment dans notre régime adulte.
Au fil des siècles, les produits laitiers ont été associés à divers troubles digestifs, souvent négligés. Mais aujourd’hui, alors que leur consommation atteint des niveaux inédits, les effets délétères sur la santé se multiplient et s’aggravent. Problèmes digestifs, inflammatoires, articulaires, allergiques, métaboliques, hormonaux, glycémiques, cérébraux, immunitaires : les atteintes sont systémiques.
Et la tendance ne semble pas près de s’inverser. Associés au plaisir des sens, du goût et à la douceur, les produits laitiers stimulent l’appétit, réduisent la satiété, entretiennent une consommation compulsive, et s’intègrent dans des habitudes alimentaires difficiles à remettre en cause.
Il devient donc crucial de repenser notre rapport aux produits laitiers, non pas à travers le prisme de la tradition ou du goût, mais à travers celui de la biologie, de l’évolution et de la santé globale. Car ce qui nous réconforte aujourd’hui pourrait bien être, à long terme, l’un des facteurs silencieux de notre mal-être chronique.