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Légumes et écologie - Partie 1
Les légumes

Légumes et écologie – Partie 1

30 septembre 2026
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En bref...
L’impact écologique et sanitaire de la production maraîchère dépend fondamentalement du mode de culture adopté. Reposant sur la monoculture et un recours massif aux engrais et pesticides, l'agriculture intensive détruit la biodiversité sauvage et dégrade durablement les sols ainsi que les ressources en eau. Pour la santé humaine, l'exposition répétée aux résidus chimiques et à leurs synergies méconnues constitue une menace avérée pour les agriculteurs, les riverains et les consommateurs. Par ailleurs, la généralisation des serres chauffées et de la culture hors-sol engendre une surconsommation d'énergie et une pollution plastique majeure. Reconnue par la recherche scientifique comme l'une des causes principales du déclin de la faune, cette intensification interroge directement la viabilité de nos choix alimentaires actuels.

Comme pour la culture des céréales, des légumineuses, des oléagineux et des fruits, l’impact écologique de la production des légumes dépend surtout de la manière dont ils sont cultivés. Ainsi, le choix des légumes que nous consommons fait une grande différence en matière de protection de l’environnement, mais pas seulement. En effet, les modes de culture les plus délétères pour l’environnement, qui utilisent massivement des intrants chimiques, sont aussi les plus nocifs pour notre santé. Il est particulièrement logique de penser que l’utilisation de produits destructeurs pour la vie animale et végétale puisse s’avérer tout aussi nocive pour la vie humaine à moyen ou long terme.

 

Les légumes sont présentés, à juste titre, comme des aliments sains, mais ce n’est pas toujours le cas. Les légumes cultivés de façon intensive présentent très souvent des teneurs en résidus de pesticides susceptibles de les rendre bien plus dangereux qu’on ne l’imagine. Il faut savoir que, si une molécule chimique isolée représente un risque modéré, un véritable cocktail de substances chimiques est utilisé pour les cultures de légumes, de céréales et de fruits. Leur synergie, bien que peu étudiée, peut susciter de grandes inquiétudes : un principe de précaution s’impose.

 

La culture des légumes en monocultures et la destruction des écosystèmes

Une monoculture de légumes consiste à cultiver une seule variété de légumes (tomates, salades, courgettes, petits pois, poireaux, etc.) sur une grande surface. Ce type de culture, peu diversifié et aux rotations souvent insuffisantes, épuise les sols et détruit la biodiversité de la faune et de la flore sur de vastes étendues.

 

Pour obtenir une production importante, il est alors nécessaire d’apporter une quantité significative d’engrais, le plus souvent chimiques, ainsi que des pesticides destinés à éradiquer les autres plantes, les insectes, les limaces, les pucerons et même les petits mammifères susceptibles de s’attaquer aux cultures. En cherchant à éliminer les parasites, on perturbe toute la chaîne alimentaire, entraînant la disparition d’une grande partie de la biodiversité végétale et animale sauvage, dont les oiseaux qui sont particulièrement décimés chaque année. Cette destruction conduit également à la mort de la vie des sols et ainsi à une dépendance toujours plus forte aux produits chimiques pour maintenir des niveaux de production élevés.

 

Cette intensification des pratiques agricoles provoque une pollution massive des sols et de l’eau. Les pesticides, entraînés par le ruissellement et le lessivage des pluies, contaminent les rivières, les nappes phréatiques et les zones humides (marais, tourbières, marécages, estuaires, etc.). Ils ont un impact direct sur les invertébrés aquatiques, les poissons et les oiseaux insectivores, perturbant ainsi toute la chaîne alimentaire.

Une étude de caractérisation de l’écotoxicité des pesticides utilisés dans l’ensemble des usages agricoles (grandes cultures, vignes, arboriculture, maraîchage, etc., dont les cultures de légumes), issue de l’expertise scientifique collective d’INRAE et Ifremer, révèle que quelques substances concentrent à elles seules la majeure partie des effets toxiques sur les organismes aquatiques et terrestres, alors qu’elles ne représentent qu’une faible part du tonnage total épandu. Autrement dit, même en faibles quantités, certains composés chimiques sont responsables de dégâts disproportionnés.

INRAE et Ifremer, 2022, “Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques”

Dans les champs de salades, de carottes ou de petits pois par exemple, on retrouve régulièrement des herbicides, des insecticides et des molluscicides (anti-limaces) qui affectent l’ensemble de la faune sauvage. Les insecticides néonicotinoïdes et pyréthrinoïdes, à titre d’exemple, déciment les pollinisateurs et les insectes auxiliaires essentiels à l’équilibre écologique. Les molluscicides à base de métaldéhyde, quant à eux, s’avèrent toxiques pour de nombreux invertébrés et vertébrés terrestres.


Les effets combinés des molécules chimiques, même à très faibles doses, constituent aujourd’hui une menace grave et documentée pour la biodiversité de nos campagnes, dont les oiseaux qui disparaissent par millions chaque année, les chauves-souris, les amphibiens et les insectes. Tous subissent les conséquences progressives et désastreuses de cette contamination généralisée.

1 oiseau sur 4 ont disparu en Europe sur les 40 dernières années, soit environ 20 millions d’oiseaux par an, selon une étude publiée dans la revue PNAS en mai 2023, qui analyse les données des populations aviaires depuis 1980, soit un total de 800 millions d’oiseaux perdus durant ces 40 ans, principalement à cause des cultures intensives et de l’utilisation massive de pesticides.

Rigal, Dakos, Alonso et Devictor, 2023, "Les pratiques agricoles sont à l'origine du déclin des populations d'oiseaux à travers l'Europe.", PNAS.

C’est une hécatombe silencieuse, très peu relayée par les médias, à laquelle nous nous habituons malheureusement. Nous ne mesurons pas la gravité de ce phénomène pour l’avenir de la vie sur notre petite planète Terre telle que nous la connaissons et qui rend notre existence d’êtres humains possible.

 

Mais qu’en est‑il des humains, qui subissent eux aussi l’exposition aux pesticides dans l’air et dans les aliments ?

Les légumes industriels issus de systèmes intensifs (monocultures) présentent fréquemment de nombreux résidus de pesticides. Les autorités sanitaires affirment que, pour chaque substance prise isolément, les niveaux mesurés restent en dessous des limites réglementaires. Ces seuils sont fixés au niveau européen, notamment par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), puis déclinés et appliqués en France par l’Anses, sur la base d’évaluations de risques qui s’appuient en grande partie sur des dossiers fournis par les industriels eux‑mêmes, ce qui n’est pas rassurant !

 

La question est donc de savoir dans quelle mesure ces recommandations sont fiables et réellement protectrices, et si les études utilisées reposent suffisamment sur des travaux indépendants, produits par des équipes de recherche publiques, non impliquées dans des enjeux économiques. Plusieurs enquêtes d’ONG et travaux académiques ont mis en lumière des conflits d’intérêts et un manque de transparence dans la gouvernance de l’expertise, en particulier au sein de l’EFSA et d’autorités nationales, ce qui interroge l’impartialité du système actuel d’évaluation des pesticides. La prudence est donc de mise !

 

De plus, ces évaluations ne tiennent généralement pas compte de la synergie entre molécules et de l’« effet cocktail », alors que des dizaines de substances différentes peuvent être utilisées sur les légumes, les céréales et les fruits au cours d’un même cycle de production. Sur ce point, les réponses officielles restent lacunaires, ce qui nourrit de fortes inquiétudes dans la communauté scientifique et parmi les consommateurs qui restent finalement les moins informés des dangers auxquels ils s’exposent. 

 

Malgré ce manque de transparence sur les effets combinés de ces nombreuses molécules chimiques, des études épidémiologiques et toxicologiques mettent en évidence des associations entre certaines expositions chroniques aux pesticides et un risque accru de troubles neurologiques, de cancers ou de perturbations endocriniennes.

Les expertises collectives de l’Inserm soulignent notamment une présomption forte de lien entre exposition professionnelle aux pesticides et plusieurs cancers (prostate, lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples), ainsi que la maladie de Parkinson et certains troubles cognitifs. (1) Ces risques concernent en premier lieu les agriculteurs et les applicateurs, mais aussi les riverains des zones agricoles, comme le montrent les données de biosurveillance de la population française et les études récentes sur l’exposition des habitants proches des vignes (programme PestiRiv). (2)

Sources : 1) Inserm, 2013, "Pesticides : Effets sur la santé." et 2021, "Pesticides et santé : nouvelles données, nouvelles questions." ; 2) Inserm, ANSES (dont PestiRiv) et Santé publique France.

En France, des millions de personnes vivent, travaillent ou étudient à proximité immédiate de parcelles traitées, y compris des lieux publics et de nombreuses écoles rurales situées dans des zones de forte exposition aux pesticides. La réglementation prévoit depuis 2020 des distances minimales de non‑traitement entre les zones d’épandage et les habitations, fixées à 5 mètres pour les cultures basses (comme les céréales et les légumes) et à 10 mètres pour les cultures hautes (vignes, vergers), avec une distance incompressible de 20 mètres pour les produits les plus dangereux. Ces distances peuvent même être réduites localement via des chartes, sous certaines conditions de matériel et de pratiques, ce qui alimente les critiques des associations de riverains et d’ONG qui les jugent très insuffisantes.

 

Plusieurs travaux montrent en effet que des résidus de pesticides peuvent être détectés bien au‑delà de ces marges.

Des mesures réalisées en France mettent en évidence la présence de pesticides dans plus de 90 % des prélèvements effectués jusqu’à 100 mètres des cultures, avec une baisse nette seulement au‑delà de cette distance. (1) Des études récentes sur les riverains de zones viticoles (programme PestiRiv de l'ANSES, notamment) confirment une exposition plus élevée aux pesticides que chez des personnes vivant loin des champs, y compris chez les jeunes enfants. À l’échelle mondiale, une part importante de la population vit à proximité de terres agricoles intensivement traitées. Plus de la moitié des terres utilisées par l’homme est aujourd’hui destinée à l’agriculture, avec une forte dépendance aux pesticides dans la plupart des grandes régions productrices (Asie, Amériques, Europe). L’usage mondial de pesticides se chiffre à plus de 3,5 à 4 millions de tonnes par an (2), ce qui entraîne une dissémination diffuse des molécules dans l’air, l’eau et les sols, bien au‑delà des seules parcelles traitées. Des travaux sur la dérive des pesticides montrent en outre que ces substances peuvent voyager sur plusieurs kilomètres, et non quelques dizaines de mètres seulement, ce qui élargit considérablement le nombre de personnes potentiellement concernées dans les régions agricoles denses. (3)

Sources : 1) ATMO France, 2026, outil PhytAtmo Dataviz ; 2) FAOSTAT ; 3) AASQA (Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air).

Ainsi, plusieurs milliards de personnes dans le monde sont exposées, à des degrés divers, à des mélanges de pesticides par inhalation, par contact cutané et via l’alimentation, souvent sans avoir de prise directe sur ces usages. Cette exposition passive, diffuse et quotidienne, qui touche en premier lieu les plus vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes malades ou fragiles de plus en plus nombreuses), renforce les inquiétudes quant aux effets à moyen et long terme de ces cocktails chimiques sur la santé humaine.

 

Cultures en serres, en hors-sol et en tunnels plastiques

Pour obtenir des productions plus importantes, plus précoces et sur une période de récolte plus longue, de nombreux légumes sensibles au froid ou à certaines conditions climatiques défavorables sont de plus en plus cultivés dans des environnements artificiels protégés. Il est désormais très fréquent que les salades, les épinards, les endives, les fenouils, les brocolis, les tomates, les aubergines, les concombres ou encore les poivrons soient cultivés en serre ou sous tunnel plastique. La culture biologique intensive sous serre de ces légumes est également largement répandue.

 

Certaines techniques de production intensives cultivent ces légumes en hors-sol : les plantes sont alors totalement coupées de la terre et dépendent entièrement de solutions nutritives et de traitements chimiques pour être nourries et protégées. Ces modes de culture sont certes très rentables et extrêmement productifs, mais des questions sérieuses se posent quant à la qualité nutritionnelle et gustative des légumes ainsi obtenus. De plus, ces cultures reposent en général sur des variétés sélectionnées avant tout pour leur productivité et leur apparence, bien davantage que pour leurs qualités nutritionnelles.

 

Dans un monde où le nombre d’êtres humains ne cesse de croître, il paraît évident de faire de l’augmentation de la production une priorité. Pourtant, cette manière de voir laisse de côté la question d’un équilibre démographique compatible avec les ressources limitées de notre planète. D’autant plus que nous ne sommes pas les seuls habitants des fragiles écosystèmes. Nous devons tenir compte de l’espace vital dont ont besoin les autres espèces végétales et animales sauvages pour prospérer à nos côtés. Quels que soient les choix faits en matière d’alimentation humaine, si nous continuons à nous multiplier ainsi et à envahir tout l’espace naturel, nous finirons par devoir exploiter toutes les surfaces jusqu’à leur destruction ou artificialisation complète. Le délai sera simplement plus ou moins court, à quelques décennies près.


Dans cette course à la productivité au mètre carré, les nouvelles technologies proposent sans relâche des innovations en matière de cultures high-tech qui sont appelées à occuper une place toujours plus importante dans la production mondiale de légumes.

L’Université de Wageningen (WUR) a mené, pour Grodan, une étude comparant l’impact écologique et la performance de différents systèmes de culture de tomates sous abri. Cette étude oppose des cultures sous serre en pleine terre, en conventionnel et en bio, à des systèmes de culture high-tech en hors-sol. Elle conclut que les serres high-tech sont les plus performantes sur la majorité des indicateurs étudiés : en tomate, un mètre carré de culture conventionnelle sous serre produit environ 6 kg par an, alors qu’une serre high-tech peut atteindre et dépasser 100 kg par mètre carré.

Grodan, 2020, "Les cultures sous serre et hors-sol ont une longueur d’avance en matière de durabilité."

Mais là encore, on ne parle que de productivité mais aucunement de qualités nutritionnelles ni de risques pour la santé de consommer de tels légumes.

 

Coût énergétique des cultures en serre et en hors sol

Une part croissante des légumes industriels est produite en serres, chauffées ou non, souvent en culture hors-sol hydroponique alimentée par des engrais minéraux. Les données restent partielles et très variables selon les pays et les espèces, mais quelques ordres de grandeur donnent une idée plus précise.

En Espagne, leader européen des cultures sous serre, environ 73 000 hectares sont couverts, avec une très large part des légumes destinés à l’export produits sous abris plastiques. (1) En Italie, pour la courgette, les serres représentent déjà environ 24% des surfaces totales, et pour l’aubergine, environ 27% de la production provient désormais de serres. (2) En France, pour la tomate, des sources professionnelles évoquent que 65 à 70% des volumes sont produits en serres ou sous tunnels, et certaines enquêtes médiatiques avancent que jusqu’à 90% d’entre elles seraient cultivées hors sol, ce qui donne une idée de l’ampleur de ce mode de production, même si ces chiffres ne couvrent ni l’ensemble des légumes ni toute l’Union européenne. (3) Ce chiffre de 90% est notamment repris dans le documentaire “Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes”, un épisode de Cash Investigation de 2019, ainsi que dans des extraits relayés par Brut et franceinfo, qui affirment que 90% des tomates cultivées en France sont cultivées hors-sol. (4)

Sources : 1) Ministère espagnol de l'agriculture (MAPA) et AOPN (Asociaciones de Organizaciones de Productores de Frutas y Hortalizas) ; 2) ISTAT (Istituto Nazionale di Statistica) et CREA (Consiglio per la ricerca in agricoltura e l'analisi dell'economia agraria) ; 3) Agreste (service statistique du ministère de l'Agriculture français) ; 4 ) Cash Investigation, “Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes”, épisode diffusé sur France 2 le 18 juin 2019.

Ces systèmes permettent des rendements élevés et un contrôle précis des paramètres de culture. En revanche, ils reposent sur des infrastructures très énergivores (chauffage, ventilation, éclairage éventuel, irrigation sous pression).

En France, par exemple, la production de tomates en serre chauffée consommerait en moyenne autour de 280 à 300 kWh par m² et par an (1), soit plusieurs kilowattheures d’énergie par kilo de tomate produite. Ils impliquent aussi une forte consommation d’azote de synthèse, dont l’usage en agriculture est une source majeure de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant très élevé. Les serres et les tunnels créent également de vastes champs de plastique. La plupart de ces matériaux (films et bâches de couverture, bâches de paillage, systèmes de goutte‑à‑goutte, ficelles et attaches) sont fabriqués à partir de polymères issus de matières premières fossiles, principalement le polyéthylène et le polypropylène dérivés du pétrole et du gaz naturel. En France, l’agriculture consomme ainsi autour de 100 000 tonnes de plastiques par an, dont environ 38% pour les productions végétales (2) et dont une part importante pour la protection des cultures et le maraîchage sous serre. Une partie de ces plastiques se fragmente au fil du temps et alimente la pollution en microplastiques des sols agricoles, avec des effets documentés sur la structure du sol, la circulation de l’eau, le cycle de l’azote et la faune du sol (vers de terre, nématodes, microfaune). (3)

Sources : 1) ADEME ; 2) CPA, FNSEA, Adivalor, 2019, LA PLASTICULTURE EN FRANCE ; 3) INRAE, 2026, "Des plastiques omniprésents du champ aux êtres vivants."

Les analyses de cycle de vie réalisées sur des systèmes de tomates sous serre montrent que les principaux postes d’impact environnemental sont, d’une part, la fertilisation minérale (émissions de N₂O, eutrophisation) et, d’autre part, la serre elle-même.
L’eutrophisation désigne l’enrichissement excessif des milieux aquatiques en nutriments (azote et phosphore), qui provoque des proliférations d’algues, une baisse de l’oxygène disponible et, à terme, un déséquilibre profond des écosystèmes.


Les émissions de N₂O correspondent au protoxyde d’azote libéré dans l’atmosphère lors de l’usage d’engrais azotés, un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement est près de 300 fois plus élevé que celui du CO₂.


La serre concentre en effet “l’énergie grise” de sa fabrication et de sa construction, c’est‑à‑dire toute l’énergie dépensée en amont pour extraire les matières premières, fabriquer les matériaux, les transporter puis les installer. Elle mobilise aussi l’énergie nécessaire à son fonctionnement, en particulier lorsqu’elle est chauffée. Même lorsque certains projets récents parviennent à optimiser la consommation d’eau et d’énergie, l’empreinte globale de ces infrastructures et de leurs intrants reste un point de tension majeur du point de vue écologique.


L’exemple de la tomate industrielle et de son coût écologique

Les tomates industrielles cultivées sous serre, généralement en hors‑sol et destinées au marché du frais, en Espagne, aux Pays‑Bas ou en France, reposent sur des systèmes de culture très intensifs. Ils nécessitent l’utilisation de systèmes de chauffage ou de refroidissement des serres (selon la période), parfois d’éclairage artificiel, d’irrigation sous pression (goutte‑à‑goutte) et, bien sûr, de quantités importantes d’intrants chimiques (engrais, pesticides, fongicides, etc.). À cela s’ajoutent des coûts énergétiques de transport conséquents pour que les tomates arrivent jusqu’aux étals des supermarchés européens.


L’Espagne et les Pays‑Bas font partie des principaux fournisseurs de tomates fraîches pour la France, avec des distances qui dépassent fréquemment 1 000 à 2 000 kilomètres entre les zones de production (Andalousie, Almería, Barendrecht,…) et les marchés de gros français, dont celui de Rungis. Ce dernier centralise chaque année plus de 3 millions de tonnes de produits frais et approvisionne environ 18 millions de consommateurs, principalement en Île‑de‑France. Une partie de ces tomates, y compris en agriculture biologique, est produite sous serres chauffées dans des systèmes industriels, ce qui suscite de vives controverses au regard de leur bilan carbone et de l’esprit même de la démarche bio.


En France, la culture de tomates en serre chauffée consomme en moyenne près de 300 kWh d’énergie par mètre carré et par an, soit plusieurs kilowattheures par kilo de tomate produite, ce qui en fait l’un des légumes les plus énergivores consommés. Ces tomates sont souvent récoltées avant maturité complète, sur des variétés sélectionnées pour leur fermeté et leur aptitude au transport, ce qui se ressent sur leur qualité gustative et nutritionnelle.


Parallèlement, une vaste filière de tomates industrielles cultivées intensivement en plein champ pour la transformation (coulis, sauces, concentrés) s’est développée dans quelques grandes régions en Europe du Sud, en Californie ou en Chine. À l’échelle mondiale, plus de 40 millions de tonnes de tomates sont ainsi produites chaque année pour l’industrie de transformation (FAO), soit une part importante de la production totale de tomates.


Ces tomates cultivées en immenses monocultures sont récoltées mécaniquement puis transportées en vrac dans des camions vers les usines. En s’écrasant, une partie des tomates commence à s’abîmer et pourrir pouvant générer une perte importante.
Après leur transformation, le plus souvent en concentré de tomate, ces produits vont parcourir des milliers de kilomètres en camion et par voie maritime avant d’être ensuite conditionnés par différentes marques à travers le monde, souvent très loin de leurs zones de production.


Ce mode de production génère des coûts énergétiques mais aussi un gaspillage très important, qui n’est généralement pas pris en compte sur l’impact écologique de la production industrielle des légumes.


Le cas de l’avocat

L’avocat est l’exemple parfait d’une empreinte écologique particulièrement élevée qui pourrait être évitée.


Il est vrai que l’avocat est un légume-fruit particulièrement savoureux. Mais, depuis qu’il bénéficie d’une image santé, sa consommation dans les pays industrialisés a fortement augmenté, ce qui a bien évidemment entraîné une production accrue et une pression de plus en plus importante sur les écosystèmes. L’avocat a en effet besoin d’une terre très fertile et d’un apport conséquent en engrais.


Son expansion rapide au Mexique, au Chili ou en Espagne a entraîné des déforestations importantes, souvent illégales, pour installer des plantations dans des zones de montagne anciennement forestières. Cette dernière décennie des dizaines de milliers d’hectares de forêts ont été converties en plantations d’avocatiers et la tendance est en hausse.


L’avocat est aussi très gourmand en eau : dans certaines zones, un verger consomme quatre à cinq fois plus d’eau que les cultures traditionnelles, aggravant des situations déjà tendues de pénurie hydrique pour les communautés locales. La déforestation réduit la capacité des sols à recharger les nappes phréatiques, tandis que les prélèvements d’irrigation non réglementés provoquent des pénuries d’eau potable et affectent l’agriculture paysanne.


À cela s’ajoutent souvent des enjeux sociaux importants, dû à la monopolisation de l’eau par certains grands producteurs industriels. Cela entraîne une privation des populations locales d’une ressource pourtant essentielle.


Dans certaines régions, le contrôle des terres et de l’eau alimente aussi des tensions et des conflits. Ainsi, le coût de l’avocat ne se limite pas à son impact environnemental, mais a aussi des conséquences humaines et sociales lourdes pour les communautés vivant sur les zones de production.


Les pesticides les plus dangereux pour la faune et la flore sauvage

    • Les néonicotinoïdes (ex. : imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine):
      Très toxiques pour les pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons) et les insectes aquatiques, ils affectent aussi la faune du sol (vers de terre, collemboles) et certaines espèces supérieures via les chaînes alimentaires, en raison de leur forte persistance dans les sols et l’eau.
    • Les insecticides organophosphorés et carbamates (ex. : chlorpyrifos, malathion, diazinon):
      Inhibiteurs des nerfs, ils sont particulièrement dangereux pour les oiseaux, les insectes non ciblés et les espèces d’eau douce. Des évaluations de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) indiquent que ces trois pesticides affectent plus de 97% des espèces sauvages menacées évaluées dans le cadre de la liste des espèces en danger.
    • Les organochlorés (ex : DDT ou dichloro‑diphényl‑trichloroéthane, Aldrin et Dieldrin, Endrin, Heptachlore, chlordécone et Toxaphène) :
      Premiers pesticides de synthèse massivement utilisés au XXᵉ siècle, ils ont aujourd’hui été largement interdits en raison de leur toxicité très élevée. Très persistants, ils mettent des années, voire des décennies, à disparaître de l’environnement : ils s’accumulent dans les sols, les sédiments et les chaînes alimentaires, nuisant à long terme aux oiseaux, poissons, amphibiens et nombreuses autres espèces, même après leur interdiction, comme le montrent plusieurs études sur la pollution persistante par les pesticides.
    • Certains herbicides systémiques comme le glyphosate.
      Bien que principalement ciblés sur les plantes, ils perturbent la microbiologie du sol et la faune du sol, réduisent la diversité végétale et affectent certains organismes via la modification des habitats et de la chaîne alimentaire. Présent à grande échelle dans les eaux, les sols et l’air, le glyphosate expose la faune et la flore bien au‑delà des seules parcelles traitées.

En résumé, ce sont surtout les insecticides neurotoxiques (néonicotinoïdes, organophosphorés, carbamates) et quelques herbicides systémiques persistants qui apparaissent comme les plus dommageables pour la faune et la flore sauvage à l’échelle des écosystèmes, selon les synthèses récentes sur l’impact des pesticides sur la biodiversité.

Une méta‑analyse de 2023 sur la faune du sol, incluant plus de 1 000 études, montre que les pesticides réduisent abondance, diversité et fonctionnalité de la faune du sol, avec des effets particulièrement forts pour les insecticides à large spectre et les produits utilisés de manière répétée (1). Une expertise collective de 2022 souligne aussi des effets négatifs sur tous les grands groupes d’organismes, notamment via les insecticides et certains herbicides persistants perturbant les sols et les chaînes alimentaires. (2) Enfin, une synthèse de référence publiée en 2026 par le ministère de la Transition écologique, « Pesticides : quels usages, quels impacts ? », rappelle que ces substances sont aujourd’hui reconnues comme l’un des principaux facteurs de l’effondrement de la biodiversité, tout particulièrement lorsque les traitements se concentrent sur les insecticides neurotoxiques les plus utilisés (néonicotinoïdes, chlorpyrifos, diazinon, etc.) et sur des herbicides systémiques comme le glyphosate. (3)

Sources : 1) Beaumelle et al., 2023, "Effets des pesticides sur les communautés de la faune du sol — Une méta-analyse", Journal of Applied Ecology ; 2) INRAE et Ifremer, 2022, Expertise Scientifique Collective (ESCo), « Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques » ; 3) Ministère de la Transition écologique, 2026, " Pesticides : quels usages, quels impacts ?".

Mots-clés :

Légumes

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