L’impact environnemental de l’alimentation industrielle transformée et ultra transformée
L’alimentation industrielle transformée et ultra‑transformée a un coût environnemental particulièrement élevé à chaque étape de la chaîne de fabrication et de consommation, bien au‑delà de la seule production agricole. Une série d’articles parus depuis 2020 dans The Lancet Planetary Health et dans Nature Food insiste sur le fait que ces impacts sont encore largement sous‑estimés dans les débats publics.
Une production agricole intensive en amont :
Les produits ultra‑transformés reposent principalement sur quelques matières premières issues de systèmes agricoles intensifs (les grandes cultures de céréales, le sucre, les huiles végétales, la production intensive de produits animaux dont la viande, les produits laitiers et les œufs). Un article de synthèse publié en 2023 dans Nature Food montre que les régimes très riches en aliments ultra‑transformés mobilisent plus de terres agricoles, plus d’engrais azotés et plus d’eau d’irrigation que des régimes centrés sur des aliments peu transformés.
Bien qu'ils ne représentent que 19% du poids total du régime alimentaire, les aliments ultra-transformés contribuent de façon disproportionnée à son empreinte environnementale globale : 24% des émissions de gaz à effet de serre, 23% de l'utilisation des terres agricoles, 23% de la consommation d'eau et 26% de la demande énergétique totale liée à l'alimentation.
Morales-Opazo, C., Jabbour, F., Wanner, N. et Conforti, P., 2023, "Impacts environnementaux des aliments ultra-transformés", Nature Food.
Cette contribution élevée s’explique en grande partie par les phases de transformation industrielle, de conditionnement, de stockage et de distribution. Les auteurs soulignent que l’on évalue souvent l’impact environnemental de l’alimentation en se concentrant sur la seule production agricole. On sous‑estime alors l’énergie nécessaire au fonctionnement des usines et à l’approvisionnement en matières premières. On oublie aussi le coût énergétique de la transformation et du conditionnement des aliments, des entrepôts frigorifiques et de la logistique spécifique des produits ultra‑transformés.
Ces filières intensives sont aussi liées à la déforestation et à la perte de biodiversité du fait du modèle destructeur des grandes monocultures intensives dont ils dépendent.
Une transformation industrielle gourmande en énergie et en ressources :
Une fois les matières premières produites, l’industrie agro‑alimentaire enchaîne de nombreuses opérations très consommatrices d’énergie : broyage, raffinage, cuisson, séchage, extrusion, stérilisation, congélation, lyophilisation, etc.
Un travail de référence mené par Walker, Beretta et leurs collègues, publié en 2018 analyse cinq types de jus de fruits (jus d’orange, de pomme et autres mélanges de fruits) et deux produits à base de pomme de terre (frites surgelées et flocons de pomme de terre). Les auteurs montrent que, pour ces aliments, la transformation en usine représente en général ce qui pourrait être estimé entre 20 et 40% de l’empreinte énergétique totale, en comptant toutes les étapes depuis la production agricole des matières premières jusqu’à la sortie du produit fini de l’usine, mais sans inclure le transport, le stockage et la consommation. Pour les flocons de pomme de terre, cette part se situe dans le haut de cette fourchette, c’est‑à‑dire autour de 40% de l’empreinte énergétique totale, car leur fabrication demande beaucoup plus d’énergie thermique par kilogramme de produit que celle des frites surgelées.
Walker, C., Beretta, C., & Hellweg, S., 2018, "Calcul de la consommation d'énergie et d'eau dans la transformation des aliments et évaluation des impacts qui en résultent", International Journal of Life Cycle Assessment.
Les emballages, une source importante de pollution :
La fabrication d’aliments et de préparations transformés ou ultra‑transformés implique presque toujours une forte utilisation d’emballages, qu’il s’agisse de marketing ou de mise en vente. Barquettes, sachets plastiques, films, bouteilles, canettes, boîtes en carton et bocaux en verre sont largement utilisés. Pour rendre ces produits industriels faciles à consommer ou à emporter, ils sont de plus en plus proposés en portions individuelles et en formats multi packs, ce qui augmente fortement la quantité de déchets générés. Selon une analyse publiée en 2024 par Our World in Data, qui regroupe des données sur les grands enjeux des relations et questions internationales, les emballages représentent environ 40% des déchets plastiques produits dans le monde, avec une contribution majeure des emballages alimentaires à usage unique.
Plusieurs analyses récentes des déchets municipaux dans les pays industrialisés montrent que les emballages, et en particulier les emballages alimentaires, constituent l’un des principaux flux de déchets. Des synthèses publiées par l’OCDE en 2022 et par Eurostat en 2023 indiquent qu’une part importante de ces emballages n’est pas recyclée et finit encore en décharge, incinérée ou dispersée dans l’environnement, malgré le développement du tri et du recyclage.
À ces emballages s’ajoutent les nombreux déchets alimentaires liés au gaspillage des aliments transformés et ultra‑transformés. Les dates de péremption courtes, la surabondance de l’offre et la disponibilité permanente des produits contribuent à ce gaspillage. Par ailleurs, les processus de transformation eux-mêmes génèrent des pertes de matières premières à chaque étape (tri, préparation, cuisson, conditionnement, logistique).
Une revue internationale des pertes et gaspillages alimentaires publiée en 2024 rappelle qu'environ un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdu ou gaspillé, et que des pertes se produisent à chaque maillon de la chaîne — production agricole, transformation industrielle (rejets pour non-conformité aux standards qualité), distribution et consommation. (1) L’augmentation du niveau de transformation s’accompagne souvent d’une multiplication des rebuts et déclassements selon une étude de l'ADEME, qui chiffre à 21% la part des pertes survenant à l'étape de transformation sur la totalité des aliments perdus en France. (2)
1) Jeremić, V., Janković-Milić, V., & Bulajić, M., 2024, “Pertes et gaspillage alimentaires le long de la chaîne d’approvisionnement – une perspective internationale”, Revue polonaise Problemy Ekorozwoju / Problems of Sustainable Development ; 2) ADEME, 2016, Etude « Pertes et gaspillages alimentaires : état des lieux et leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire ».
Impacts des additifs chimiques de l’alimentation ultra-transformée :
Les aliments ultra‑transformés contiennent le plus souvent une longue liste d’additifs et d’ingrédients chimiques, si technologiques qu’ils n’ont plus rien de naturel : colorants, arômes, exhausteurs de goût, émulsifiants, texturants, édulcorants, conservateurs, etc.
Chaque famille d’additifs repose sur sa propre filière de production, mobilisant énergie, ressources et substances chimiques, ainsi que des procédés industriels spécifiques, ce qui contribue à alourdir l’empreinte environnementale de ces produits.
Même lorsque les ingrédients chimiques ne représentent qu’une faible part du poids du produit final, les analyses de cycle de vie montrent que la multiplication des étapes de raffinage, de synthèse et de purification alourdit de manière significative l’empreinte globale des aliments ultra‑transformés.
Une analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode normalisée qui évalue l’ensemble des impacts environnementaux d’un produit, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie (étapes allant de la culture, de l’extraction et de la transformation, au transport, au conditionnement, à la consommation, puis à la gestion des déchets). Elle quantifie notamment la consommation d’énergie, d’eau, de ressources ainsi que les émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants associés à chaque étape.
Dans le cas des aliments ultra‑transformés, cette approche révèle que les procédés industriels complexes nécessaires à la fabrication des additifs et des ingrédients ultra‑raffinés (filtrations répétées, distillations, extractions, synthèses chimiques, purifications…) génèrent des coûts énergétiques et des émissions non négligeables, même si la quantité finale de ces molécules est faible dans la composition de la préparation alimentaire. L’article “ Les impacts environnementaux méconnus des aliments ultra‑transformés” (The neglected environmental impacts of ultra‑processed foods), publié en 2020 dans The Lancet Planetary Health, insiste précisément sur ces impacts cachés.
Ces impacts bien trop méconnus sont liés aux additifs, aux ingrédients ultra‑raffinés et aux procédés industriels complexes.
Or, ils sont rarement pris en compte dans les évaluations environnementales standard, qui se concentrent souvent sur les matières premières de base plutôt que sur la complexité des multiples ingrédients hautement transformés.
Un modèle alimentaire particulièrement énergivore, générateur de déchets et polluant :
Mis bout à bout, la production, la fabrication et la consommation d’aliments transformés et ultra‑transformés sont particulièrement préjudiciables à l’environnement. Leur consommation n’est donc pas seulement nocive pour les consommateurs, mais aussi pour la planète.
Une tribune de 2023 publiée sur The Conversation, intitulée « Aliments ultra‑transformés : comment ils modèlent notre agriculture », s’appuie sur les travaux de The Lancet et de Nature pour résumer ainsi la situation : les aliments ultra‑transformés sont non seulement défavorables à la santé humaine, mais aussi à la santé des écosystèmes, en raison d’une surconsommation de ressources et d’une production massive de déchets.
Ainsi, ces préparations alimentaires, ces plats préparés et ces snacks, typiques de la junk food ou de la fast‑food hautement industrielle, sucrés et salés, constituent un véritable problème de santé publique.
Ils pèsent également lourdement sur les écosystèmes fragiles qui nous permettent de vivre sur cette petite planète Terre.
¼ des émissions de gaz à effet de serre en France provient de nos assiettes selon un article de l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) de 2021. L’agriculture génère à elle seule près de 20% des gaz à effet de serre mais les étapes de transformation ne sont pas en reste : la transformation des aliments est particulièrement consommatrice en eau et la réfrigération en grandes surfaces représente à elle seule 40 % des consommations d’énergie par exemple. Entre 1995 et 2008, la consommation de fruits transformés a doublé, au détriment des fruits frais. Et c’est sans compter les plats surgelés, la restauration rapide, les conserves, les produits réfrigérés ou congelés. “Plus un produit est transformé, conditionné, réfrigéré, plus il consomme de l’énergie ainsi que et des matières premières pour son emballage”, souligne l’article de l’Ademe.
ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise énergétique) aujourd'hui Agence de la transition écologique
De la production à notre poubelle, un gaspillage hallucinant !
Le gaspillage :
La marge est grande dans la réduction de ces déchets en adoptant quelques astuces de consommation, par exemple mais de manière non exhaustive :
- faire une liste de courses des denrées nécessaires,
- adapter les volumes d’achat aux besoins,
- établir les menus de la semaine,
- conserver les restes dans un récipient hermétique pour les préserver,
- cuisiner les restes de fruits et légumes en jus, compotes, sauces, croûtons, gratins, tartes, pains perdus …
- composter les déchets,
- congeler les aliments dont la date de durabilité minimale (DDM) approche, en s’y prenant suffisamment tôt et en respectant les consignes de décongélation et de préparation,
- se renseigner sur les possibilités de consommer un aliment après expiration de la DDM, car au-delà de cette date, les produits restent consommables sans danger, seules les qualités gustatives ou nutritionnelles se dégradant. Par exemple, on peut consommer les yaourts jusqu’à trois semaines après la date indiquée sur l’emballage ou le beurre jusqu’à 2 mois. Le café, les boîtes de conserve ou les gâteaux peuvent se consommer bien après cette date. Le miel, le chocolat, le sucre, le sel, le vinaigre… ne périment tout simplement pas. On reste tout de même attentif à certains signaux d’alerte, comme un emballage endommagé ou à l’opercule bombé, des odeurs anormales ou la présence de moisissures.
Toutes filières confondues, de la production à la consommation, le chiffre grimpe à plus de 150 kg de perte par personne et par an.
En janvier 2023, le Ministère de la transition écologique rappelle les chiffres du gaspillage alimentaire (ADEME 2018) : “en France, les pertes et gaspillages alimentaires représentent 10 millions de tonnes de produits par an, soit une valeur commerciale estimée à 16 milliards d’euros.” Il ajoute que cela entraîne des frais de gestion inutiles de déchets qui ne devraient pas être.
L’étude de l’Ademe va même plus loin en pointant les chiffres de gaspillage suivants :
- 32 % en phase de production ;
- 21 % en phase de transformation ;
- 14 % en phase de distribution ;
- 33 % en phase de consommation dont
- 14% en restauration et 19% dans les foyers.
La consommation au foyer représente 30 kg par personne et par an, environ 150 €, de gaspillage alimentaire soit 1 repas par semaine et cela comprend 7 kg encore emballés. Parmi ces pertes, 1/4 seraient des restes alimentaires, 1/4 des fruits et légumes, 1/5 des produits entamés, 18 % des produits non déballés et boissons, et 14 % du pain.
Consoglobe, Qui jette le plus de nourriture en France et dans le monde
Ce gaspillage représente un prélèvement inutile de ressources naturelles, telles que les terres cultivables et l’eau, et des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées. Ces dernières sont évaluées par l’Ademe à 3 % de l’ensemble des émissions nationales.”
Consoglobe, Qui jette le plus de nourriture en France et dans le monde
28% des terres agricoles mondiales sont utilisées pour produire la nourriture gaspillée !
“La nourriture produite non consommée engloutit chaque année 250 km3 d’eau, soit (...) trois fois le lac Léman. Jeter une baguette de pain équivaut donc à jeter une baignoire entière.” peut-on aussi lire à l’occasion d’une réunion d’experts de l'ONU sur le climat en août 2019 sur l'usage des terres et l'alimentation dans le monde.
Organisation des Nations Unies
La nourriture gaspillée occupe 28% des terres agricoles mondiales. Un constat effarant !
Les lois tentent d’intégrer des règles pour les producteurs avec notamment l’interdiction de la destruction des denrées invendues, l’obligation de don, les informations sur les produits à l’attention des consommateurs sur les possibilités de consommation après expiration de la date de durabilité minimale.
Dans le monde, près d’un tiers de la production alimentaire est gaspillée. Environ 14% de cette production sont perdus au moment de la production après récolte et avant distribution. 17% supplémentaires sont gaspillés lors de la vente et par le consommateur.
Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture : Pertes et gaspillage alimentaires